Anthology 4

Anthology 4

La quatrième parution très attendue du projet d’archives Anthology des Beatles — qui souligne le 30e anniversaire des trois premiers volumes — ne contient peut-être pas de grandes révélations, comme les sorties précédentes. Après tout, 23 de ses 36 pièces étaient déjà présentes sur des rééditions antérieures. Mais si la minisérie documentaire de huit heures de Peter  Jackson, Get Back, nous a appris quelque chose, c’est bien que nous ne nous lassons jamais d’observer le processus créatif des Beatles en studio. Anthology 4 prolonge ce même esprit en couvrant toute l’évolution du groupe entre 1963 et 1969, offrant un aperçu chronologique et concis de leur parcours, de façon intime et discrète. Avec son éventail de prises brutes, d’improvisations, d’enregistrements de répétitions pour la BBC et de fous rires en plein milieu d’une chanson, l’album Anthology 4 permet de goûter aux détails qui nous échappent parfois dans les versions finales impeccables. Débarrassée de ses harmonies éclatantes, une version presque entièrement instrumentale de « Nowhere Man » permet de s’attarder sur sa mélancolie cristalline. La chanson « Got to Get You Into My Life », offerte sans cuivres met en avant ses accents de garage rock saturé. Et les pistes de cordes isolées de « I Am the Walrus » sont aussi déroutantes et théâtrales que la chanson elle-même. Puis, il y a ces moments glorieux où l’on redécouvre un morceau qu’on a écouté mille fois, mais sous un angle totalement différent. Qui aurait cru que, sans orchestration et jouée à la guitare électrique, la ballade « Good Night » du White Album ressemble tout simplement à l’un des tout premiers morceaux de bedroom pop lo-fi au monde? Anthology 4 rrepousse la ligne du temps au-delà de la séparation des Beatles en 1970 pour inclure les simples que Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr ont finalisés en 1995 à partir de maquettes de John Lennon dans le cadre de la série Anthology. On y retrouve de nouveaux remix de « Free as a Bird » et « Real Love » qui apportent plus de clarté à la voix issue de la démo cassette originale de Lennon — grâce à la même technologie qui leur a permis de finaliser la ballade douce-amère « Now and Then » en 2023. Cette chanson avait été présentée comme le dernier simple des Beatles, mais, comme Shakespeare, les frères Grimm ou la Bible, l’histoire des Fab Four a été racontée de multiples façons — et, comme le confirme Anthology 4, cette tradition se poursuivra encore longtemps. La version proposée ici n’est pas tant un catalogue exhaustif de leurs plus grandes réussites qu’une exposition soigneusement sélectionnée d’esquisses inspirées, capturant l’esprit joueur de quatre artistes qui ont appris à des générations de musiciens et musiciennes à utiliser le studio comme leur terrain de jeu.