Bad Bunny : l’histoire en 20 titres

Bad Bunny a réinventé la musique des Caraïbes et de son île natale selon ses propres règles. Alors que son Apple Music Super Bowl LX Halftime Show approche à grands pas, nous mettons en lumière les titres qui ont conduit à cette transformation.

Trap Bunny

La légende d’El Conejo Malo commence ainsi : le jour, Benito Antonio Martínez Ocasio est un étudiant portoricain et travaille dans une épicerie ; la nuit, il est un jeune rappeur charismatique qui publie des titres sur SoundCloud pendant son temps libre, avec un style bien à lui. En se vernissant les ongles et en arborant des créoles — gestes subtils mais audacieux pour défier les clichés machistes du hip-hop — Bad Bunny affirmait déjà une volonté : repousser, voire renverser, toutes les frontières stylistiques de la trap latina, qu’il allait rapidement façonner à son image. En chantant et en rappant en espagnol avec son accent portoricain assumé, Bad Bunny n’a jamais craint la vulnérabilité, oscillant dans ses textes entre assurance et sensibilité, audace et candeur, alpha et bêta. À la fois tourné vers l’avenir et enraciné dans le passé, il s’inspirait du reggaetón de Tego Calderón et Daddy Yankee, ainsi que des incontournables de la salsa d’Héctor Lavoe et El Gran Combo de Puerto Rico. Il se fait remarquer pour la première fois avec « Diles » en 2016, une collaboration avec plusieurs tête d’affiche du reggaéton, qui sert de séminaire sur l’art de satisfaire une femme, Bad Bunny plaçant le plaisir de sa partenaire au premier plan. Ce morceau est rapidement devenu viral, donnant le coup d’envoi à une série fulgurante de singles à succès et de collaborations qui l’ont vu percer avec la chanson d’amour « Soy Peor », et un premier album studio qu’il sortira le 24 décembre 2018, en guise de cadeau de Noël pour ses fans de la première heure. Avant ça, il se distingue en 2017 avec « Chambea », un hymne trap à la fois vibrant et menaçant, preuve qu’il maîtrisait déjà l’énergie incandescente du rap. Et à mesure que son public s’étendait bien au-delà des frontières de l’Amérique latine, il a résisté à toute pression extérieure l’incitant à se conformer ou à changer de langue, préférant que le monde vienne à lui à la place. Et ce fut bien le cas, avec des chiffres records qui ont rapidement renversé les classements, et la planète. Six ans plus tard, il revient à ses racines de trap latina avec « MONACO », affichant une image d’artiste auréolé de gloire et de succès. Dans un clip où il se met en scène aux côtés d’Al Pacino tel Le Parrain, il rend hommage à la chanson française de Charles Aznavour « Hier encore » (1964), tout en nous rappelant que les F1® font encore plus de bruit en vrai. Rapidement sacré icône internationale — et Artiste Apple Music de l’année 2022 — il a placé le reggaetón et la pop en espagnol au centre du paysage musical mondial. « C’est ce que j’aime chez moi, dans ma carrière, dans mon succès », a-t-il déclaré à Zane Lowe d’Apple Music en 2025. « J’ai toujours été moi-même. »

Perreo Bunny

Après s’être imposé comme une star de la trap latina, Bad Bunny a jeté son dévolu sur la transformation du reggaetón, un genre musical popularisé à Porto Rico. Son approche non conventionnelle du genre consiste à en briser les frontières, tout en s’attachant à son héritage artistique. On l’entend particulièrement bien dans son single de 2020, « Safaera », en collaboration avec Jowell & Randy et Ñengo Flow, qui contient de nombreuses références, de « Get Ur Freak On » de Missy Elliott à « Murder She Wrote » de Chaka Demus & Pliers, en passant par « El Tiburón » d'Alexis y Fido. Mais même les titres plus traditionnels de Bad Bunny, comme « Me Porto Bonito », ont le pouvoir de charmer et d’enthousiasmer. Il s’affirme également comme le fier ambassadeur de l’explicite perreo, notamment sur « EoO », l’un des titres les plus rythmés de son album phare de 2025, DeBÍ TiRAR MáS FOToS. Il n’hésite pas non plus à casser les codes ultra-masculins du perreo en apparaissant en drag et en soutenant la communauté LGBTQ+.

Sad Bunny

Bad Bunny dégage une assurance indéniable dans son approche de la musique et de la mode, mais une autre dimension de sa personnalité réside dans sa volonté de montrer son côté sensible. Au fil des années, il a constamment exprimé ses sentiments, transformant son monde de couleurs explosives en des tons plus sombres. Il révèle cette facette de sa personnalité pour la première fois en 2018 avec « Amorfoda », sur lequel ne figurent que sa voix blessée et des accords de piano sobres. Bad Bunny a trouvé un partenaire étonnamment parfait pour ses ballades en la personne du reggaetonero colombien J Balvin sur l’album collaboratif OASIS (2019). Le single « LA CANCIÓN », qui met en scène le duo en larmes dans un club, s’est hissé en tête des classements dans de nombreux pays pendant l’été 2019. Mais même au milieu de toute cette émotion, dans les vidéos de ses titres solo comme « Si Estuviésemos Juntos » et « Yonaguni », Bad Bunny assume son côté sensible et romantique, associant les ambiances mélancoliques à un humour discret et impassible.

Global Bunny

Grâce à l’ère du streaming, les quelque 636 millions d’hispanophones dans le monde ont eu facilement accès à la musique de Bad Bunny, augmentant sa popularité déjà importante en Amérique latine. Mais son talent indéniable d’auteur-compositeur et son charisme l’ont mené bien plus loin, faisant de lui une véritable superstar mondiale, même s’il chante et rappe presque exclusivement dans sa langue maternelle. Sa capacité à adapter ses talents à une variété de styles explique sa résonance auprès du public du monde entier. « Chaque jour, j’apprends quelque chose de nouveau, et je l’intègre dans ma musique », a-t-il déclaré à Zane Lowe en 2020. « J’adore essayer différentes choses, toujours. » L’année 2018 a marqué la révélation de Bad Bunny au grand public, lorsqu’il a enflammé son couplet sur « I Like It » de Cardi B, un tube pop-rap construit autour d’un sample de « I Like It Like That » de Pete Rodríguez. Quelques mois plus tard, Bad Bunny s’est associé à Drake, un artiste qui n’a jamais eu peur de travailler avec des talents émergents et qui a fait le choix audacieux de chanter son couplet en espagnol, sur le sensuel et mélancolique « MIA ». Au-delà de ces puissantes collaborations, Benito s’est avéré être omnivore, s’essayant à des influences inattendues comme le pop punk et la drill. Deux de ses plus grands hits sont le fruit de ses incursions dans la house music mélancolique avec « Dakiti » et le dembow dominicain « Tití Me Preguntó ».

Home Bunny

« Ma façon de faire de la musique, de travailler, est la même qu’au début : je fais de la musique pour mon peuple », a déclaré Bad Bunny à Ebro Darden d’Apple Music en 2022, avant la sortie de Un Verano Sin Ti, qui occupe la 76e place des 100 meilleurs albums de tous les temps d’Apple Music. « Je crée de la musique d’ici pour le monde entier. » Dans ses albums comme dans sa vie quotidienne, Benito insuffle Porto Rico dans tout ce qu’il fait : des touches d’argot et de références culturelles, jusqu’à des hommages explicites comme dans « El Apagón », titre phare de Un Verano Sin Ti. Ce morceau célèbre son île tout en évoquant les coupures de courant qui l’ont frappée après l’ouragan Maria et la privatisation de son réseau électrique. Le clip reprend notamment des images du documentaire Aquí vive gente, réalisé par la journaliste Bianca Graulau, qui traite des difficultés politiques et sociales de Porto Rico. En 2025, il sort DeBÍ TiRAR MáS FOToS, une lettre d’amour à sa terre natale et à ses traditions musicales (salsa, bomba, plena, jibaro) qui explore les questions du colonialisme et de la sauvegarde de l’identité culturelle (« LO QUE LE PASÓ A HAWAii »), ainsi que les effets tragiques du déménagement (« DtMF »). La sortie de l’album a ensuite été marquée par une résidence triomphale de 30 dates au Coliseo de Puerto Rico à San Juan, qui a rapporté environ 200 millions de dollars à l’économie de l’île. Lorsque la NFL a annoncé Bad Bunny comme tête d’affiche de l’Apple Music Super Bowl LX Halftime Show, elle l’a fait avec un court clip de lui assis au sommet d’un poteau sur la plage de son enfance, Playa Puerto Nuevo à Vega Baja. Et ainsi, la boucle se refermait, une manière de célébrer le chemin parcouru depuis son île natale jusqu’au show le plus regardé au monde, sans jamais renier ses origines. « Je ne suis jamais parti, mais maintenant, je ressens une connexion différente, plus profonde », a-t-il déclaré à Apple Music. « Parfois, quand on est loin de quelque chose, on y voit plus clair. Au cours des deux dernières années, j’ai rencontré beaucoup de gens de différents pays et de différentes cultures, et j’ai dû partager ma culture, ma situation, et les circonstances de ce que nous vivons ici à Porto Rico. Toutes ces choses m’ont amené à réfléchir à qui je suis et à ce que je représente. »