

Avec chaque album depuis Unstoppable en 2017, KAROL G a progressivement dépassé les attentes. Visiblement peu satisfaite d’être la meilleure reggaetonera du moment, la chanteuse colombienne s’est affinée et repositionnée à chaque nouvel album, de l’ambiance rêveuse et estivale d’OCEAN aux multiples facettes de son ère MAÑANA SERÁ BONITO. Son enthousiasme assumé à franchir les lignes du genre tout en continuant à collaborer avec des alliés et alliées de longue date comme Ovy On the Drums, a fait croître sa base de fans à l’échelle mondiale de manière exponentielle, dépassant peu ou prou l’ensemble des autres artistes de musique latine qui ont émergé pendant le boom du milieu des années 2010. « C’est incroyable parce que c’est un rêve devenu réalité d’aborder tous ces genres, avec les musiciens et musiciennes avec qui je travaille, les producteurs, les compositeurs, les endroits où je suis allée pour réaliser cet album, même le temps que j’ai dû passer à réfléchir intérieurement...et rester vraiment concentrée sur le processus », confie-t-elle à Zane Lowe d’Apple Music. Désormais pleinement investie dans les attributs de la célébrité, elle propose ce qui est sans doute son album le plus ambitieux à ce jour, avec Tropicoqueta. L’opus marque un tournant marquant qui reflète la façon dont la plus redoutable des bichotas du reggaeton est devenue l’une des plus grandes artistes pop du monde. Parmi les succès de l’album, on retrouve l’aisance avec laquelle KAROL s’exprime sur ces 20 morceaux aux formes changeantes, s’adaptant et s’épanouissant sur différents sons comme même bon nombre de ses célèbres collègues ne l’auraient jamais fait. « Je voulais vraiment retourner aux sources. Je suis revenue à tous les maestros de la musique, même aux arrangeurs, dans tous les genres », explique-t-elle. « C’est bien plus que de la nouveauté et de la fraîcheur, on se sent comme chez soi. On sent les racines. On a l’impression de retrouver ce que nous étions avant, et maintenant, on oublie un peu d’où on vient. » Souhaitant véritablement se connecter aux cultures musicales latines et les honorer plus largement, elle joue fidèlement du vallenato local sur l’implorant « No Puedo Vivir Sin Él » et s’attaque à la cumbia villera sur « Cuando Me Muera Te Olvido ». Des formes résolument caribéennes comme la bachata et le dembow sont présentes sur « Amiga Mía » avec Greeicy et « Un Gatito Me Llamó », respectivement. Ses fusions sont également source de joie, mêlant la drill sexy de New York au baile funk brésilien sur « Bandida Entrenada » et embrassant la pop tropicale sur l’excellente version bilingue « Papasito ». Et si l’afrobeats latine constitue un sous-genre à part entière à ce stade, elle s’y fait une place avec le quelque peu mystérieux « Verano Rosa » avec Feid. Tout cela ne signifie pas pour autant que KAROL ait renoncé au reggaetón, bien sûr. Elle en insuffle une dose non négligeable tout au long de l’album, en commençant par la perreo pop de « LATINA FOREVA » et en poursuivant avec des morceaux plus profonds comme « Tu Perfume » et « FKN Movie », en duo avec Mariah Angeliq. Ailleurs, comme sur « Se Puso Linda », cette polyrythmie familière agit plus comme une texture que comme un moteur, laissant libre cours à sa narration féminine. La puissance de son lyrisme, auquel on peut s’identifier, est également indéniable, de la construction de l’univers axé sur les personnages de « Ivonny Bonita » à la malice romantique de « Si Antes Te Hubiera Conocido ». Quant au titre de l’album, elle explique son inspiration : « J’avais l’impression qu’il y avait beaucoup de congas dans les chansons », dit-elle. « Beaucoup. Je crois que ce sont les congas qui tiennent le rôle principal. Ce son est vraiment tropical. Coqueta para nosotros est une fille coquette et très sûre d’elle, alors j’ai ajouté “tropical” au début, et j’ai trouvé ce nouveau nom pour mon album qui, je trouve, exprime parfaitement notre monde. »