Wild

Wild

Ashley McBryde ne veut pas vous dire comment réagir après avoir écouté Wild (son cinquième album studio). Cependant, elle sait ce qu’elle aimerait que vous ressentiez. « Imaginez qu’il fait très, très chaud dehors et que vous portez le blouson en cuir de votre père, confie-t-elle à Apple Music. Vous venez de remonter une longue allée, puis vous entrez dans la maison climatisée et vous l’enlevez. Ou peut-être êtes-vous encore dans la cour, et vous le laissez tomber. Je veux que vous montiez sur votre vélo, que vous vous penchiez sur le guidon, que vous ouvriez les bras et que vous filiez sur la route. C’est cette sensation-là que je veux provoquer. » Se délester d’un poids devenu inutile — qu’il s’agisse d’un manteau trop lourd, d’une relation abusive ou de quelque chose de plus abstrait — et savourer la liberté qui s’ensuit est un thème qui imprègne Wild, même si cette libération est durement gagnée ou tient du rêve lointain. Produit par John Osborne, du duo Brothers Osborne, Wild met à nu des vérités difficiles et transformatrices sur la famille, la foi, l’héritage, la dépendance, le mariage et bien plus encore. Elle peut prêter toute la puissance de sa voix à « Rattlesnake Preacher », une pièce survoltée aux accents de Delta blues, qui ravive le souvenir de son père, homme d’Église, ou se déchaîner à la guitare sur l’hymne « Arkansas Mud ». Mais Wild a aussi ses moments de tendresse, où les paroles frappent fort et résonnent d’une façon qui n’a rien à voir avec le volume. « Mon gagne-pain, ce sont les chansons acoustiques au doigté pincé qui prennent aux tripes », dit-elle, et Wild en offre amplement — notamment sur l’époustouflante « Bottle Tells Me So », un regard franc sur l’épiphanie qui l’a menée à la sobriété (« If this ain’t bottom, it’s as far down as I ever wanna go » [librement : si ce n’est pas le fond, c’est aussi bas que je veux descendre]). « Lines in the Carpet » dresse un portrait à la fois brillant et poignant du travail invisible qui peut miner un mariage. « Hand Me Downs » voit Ashley McBryde confronter directement un traumatisme familial (« Daddy’s anger and his pride/My mama’s sadness, she taught me how to hide/There ain’t a damn thing that’s ever just been mine/I’m out here walking around in hand-me-downs » [librement : la colère et l’orgueil de mon père/la tristesse de ma mère, elle m’a appris à me cacher/rien n’a jamais vraiment été à moi/je marche ici avec les restants des autres]). Aucune de ces chansons n’a été facile à écrire ni à enregistrer — « Hand Me Downs » a été particulièrement éprouvante, sachant que sa mère finirait par l’entendre — mais McBryde n’a pas conçu Wild pour faire dans la facilité. La guérison, tout comme la sensation du vent dans le dos à vélo, ne pouvait venir qu’après l’effort, et elle le savait depuis le début. « Avec cet album, j’ai dû comprendre qu’une partie de ma colère et de ma peur venait du fait de me sentir invisible, de ne pas être entendue, dit-elle. En travaillant sur cet album, j’ai décidé que je n’allais pas raconter l’histoire d’une femme dans un parc de maisons mobiles qui ne porte pas de soutien-gorge. Ni celle d’un homme aux prises avec une dépendance à la méthamphétamine. Je vais raconter cette histoire. La peur de ne jamais être vue ni entendue se transforme en peur d’être connue. C’était déroutant à affronter, mais ça a grandement nourri le processus. »

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