CAOS

CAOS

Beaucoup de choses ont changé en huit ans depuis le dernier album de Miguel, autant dans le monde que dans sa vie personnelle (son divorce d’avec sa partenaire de longue date, Nazanin Mandi, a été officialisé en 2023). Si War & Leisure (2017) laissait entrevoir des tensions personnelles et politiques, le cinquième album de l’auteur R&B plonge en plein cœur du chaos. Sur CAOS, la quête de paix est désordonnée, mais cathartique. Les succès précédents comme « Adorn » et « Coffee » se délectaient du bonheur de l’intimité, mais ici, Miguel s’aventure au-delà du soul psychédélique pour explorer des sons et des thèmes plus sombres, atterrissant quelque part entre P-Funk et Nine Inch Nails. Dans les bas-fonds sombres du présent, l’amour ressemble beaucoup à la rage, et la vulnérabilité et l’anarchie coexistent plus facilement qu’on ne le pense. Il est masqué, armé et prêt à tout sur « New Martyrs (Ride 4 U) », un hymne à la Bonnie et Clyde pour une époque incertaine. Il chante en espagnol sur la chanson titre apocalyptique, revisite 2Pac sur « The Killing » (« I ain’t a killer, but don’t push me » [librement : je ne suis pas un meurtrier, mais ne me provoque pas]) et transforme une ballade poignante au piano en un morceau house brut et percutant sur « RIP ». Une vague de désir viscéral traverse l’obscurité, et sur « Angel’s Song », il s’abondonne au milieu des flammes (« I forget the world’s unravelling when I look at you » [librement : j’oublie que le monde s’effondre quand je te regarde). Et sur le grungy « Always Time », il livre une élégie pour son mariage, en chantant : « Maybe this time, love means letting go. » [Librement : peut-être que cette fois, aimer signifie laisser partir.]