Placebo RE:CREATED

Placebo RE:CREATED

« On était franchement intrépides avec notre image » : Brian Molko revient sur les 30 ans de Placebo en revisitant le premier album du groupe. « On était franchement intrépides avec notre image, entre le travestissement et cette exploration de l’androgynie », confie Brian Molko de Placebo à Apple Music, en revenant sur les 30 ans de carrière du groupe. « Dès nos premiers concerts, on a compris que notre public, c’était les marginaux, ceux et celles qui ne rentraient pas dans les catégories rigides et binaires des années 90. On avait grandi en se sentant en marge. Au milieu des années 90, une personne gay était rangée d’office du côté de la pop hi-NRG, comme si c’était obligatoire. Et il y avait beaucoup de gens de la communauté LGBT qui ne se sentaient pas à leur place parce qu’ils aimaient la musique à guitares ». Le premier album éponyme de Placebo, sorti en 1996, est rapide, tourmenté et sans la moindre concession. « On voulait être un groupe punk », explique Brian Molko. (Le premier single du groupe, une version pré-album de « Bruise Pristine », sorti en 7 pouces, était « tellement rapide qu’un DJ de la BBC, en le découvrant, l’a carrément passé en 33 tours au lieu de 45. Je cherchais à reproduire Sonic Youth, mon groupe préféré, le plus grand groupe de rock’n’roll à mes yeux, et ma plus grande influence ».) Les années ont passé, le succès et l’expérience du groupe ont grandi, et Brian Molko a développé une relation « compliquée » avec l’album Placebo. « Avec le recul, je me suis dit que si j’avais eu plus d’expérience, j’aurais pu le terminer différemment ou mieux. Mais j’ai compris que cette relation toxique, je l’avais fabriquée moi-même : un sentiment m’avait traversé, j’avais décidé que c’était la vérité, et ça m’a hanté pendant 25 ans ». Quand est venu le moment de décider comment célébrer le 30e anniversaire de l’album (et du groupe), il l’a réécouté pour la première fois, dix ans après l’avoir complètement laissé de côté. « Je me suis rendu compte que l’enregistrement tenait vraiment la route », ajoute-t-il. « Il y a une vraie vitalité dans ce disque. J’ai compris à ce moment-là que je voulais me réconcilier avec ces morceaux ». C’est de là qu’est né le concept de Placebo RE:CREATED. Brian Molko, accompagné de Stefan Olsdal, le cofondateur et bassiste de Placebo, ainsi que les musiciens de tournée et l’équipe de production, ont revisité les masters d’origine et y ont glissé quelques retouches : des synthés par-ci, des guitares supplémentaires par-là, rien de très lourd. « Le son est plus riche, plus texturé, plus proche de ce qu’on entend dans les concerts de Placebo aujourd’hui », explique Brian Molko. « Je voulais rendre hommage à cet album après l’avoir un peu méprisé dans ma tête pendant deux décennies. ». Molko ne considère pas RE:CREATED comme un remplacement ou comme étant meilleur que l’original : « Les deux versions coexistent, et c’est aux auditeurs et auditrices de décider laquelle ils préfèrent écouter », remarque-t-il. « Je voulais préserver l’intégrité et l’identité de l’album, tout en essayant de le propulser, sur le plan sonore, vers le XXIᵉ siècle ». Ci-dessous, Molko revient sur l’origine de trois titres clés de l’album, et sur la manière dont Placebo les a retouchés pour Placebo RE:CREATED. « 36 Degrees » « C’était la première démo que j’ai faite, le premier morceau de Placebo que j’ai entendu à la radio et le premier single de notre premier album. La ligne de guitare solo m’a fait comprendre ce qu’était mon style, ma façon d’écrire des parties de guitare. C’est un peu le début de tout. J’en ai discuté avec Robert Schultzberg, notre premier batteur. On trouvait que la batterie originale était un peu trop chargée, qu’il s’y passait peut-être trop de choses. On a cherché à la remettre au même niveau que le reste, à rééquilibrer les instruments pour que tout respire mieux .» « Nancy Boy » « Je ne m’attendais pas vraiment à ce que ce titre ait un tel impact sur la vie de tant de gens. Ce n’était que notre troisième single. C’est une célébration de la liberté et de la débauche : une manière de dire que je m’éclatais bien plus que les gens qui me traitaient de “nancy boy”, d’efféminé, de fragile. Je voulais me réapproprier les insultes, ôter le pouvoir aux gens qui nous lançaient, à Stefan et à moi, des propos homophobes presque chaque fois qu’on sortait. Quand on est revenus sur “Nancy Boy” en studio, il n’y avait pas grand-chose à retravailler. On ne voulait pas changer l’identité de ce titre. On a étoffé la batterie et la guitare basse. Sur l’enregistrement original, il n’y a qu’une seule guitare .» « Lady of the Flowers » « C’est un des grands favoris des fans, et un titre fascinant. Il a une qualité unique, une identité individuelle très forte sur l’album, d’une manière complètement différente de “Nancy Boy”. C’est le morceau qui montre le plus clairement où on allait se diriger après cet enregistrement. Je voulais retoucher ce morceau de manière respectueuse. On a donc ajouté des synthés et des guitares. Si l’original est en noir et blanc, celui-ci donne l’impression d’avoir été colorisé. Et j’espère qu’on a choisi les bonnes couleurs. »