14 Morceaux, 51 minutes

NOTES DES ÉDITEURS

Qui aurait pensé que Michael Kiwanuka sortirait un jour un album éponyme ? Et qu’il pousserait l’audace jusqu’à l’illustrer par un portrait royal à son effigie ? On parle bien ici de l’auteur-compositeur qui ne s’est pas présenté aux sessions d’enregistrement de Yeezus, souffrant du syndrome de l’imposteur au point de tourner le dos à une collaboration avec Kanye West. Et ce manque de confiance en soi n’est pas apparu avec la notoriété, puisqu’il en souffrait déjà bien avant d’être nominé au Mercury Prize en 2012 pour son premier album, Home Again. « C’est complètement irrationnel, mais j’ai toujours été comme ça », confie-t-il à Apple Music. « Ça évite de tomber dans la facilité, mais ça peut aussi être super frustrant. Tout ce que je voulais, c’était de pouvoir faire ce métier sans avoir à me préoccuper autant de ce que je vaux en tant qu’artiste. » Cette réflexion sur l’identité l’a aussi amené à s’interroger sur les artistes qui se cachent derrière des personnages, sur scène ou sur les réseaux sociaux. Lui a choisi de faire de son troisième album un pamphlet « anti-alter-ego » en l’appelant KIWANUKA. « C’est presque un message à moi-même » ajoute-t-il. « Sois toi-même, quoi qu’il arrive. Peu importe si ça plaît aux gens ou pas, au moins ils sauront qui tu es. » Déjà reconnu comme auteur-compositeur, Michael Kiwanuka passe ici à l’étape supérieure en termes de production. Danger Mouse et Inflo, déjà présents sur Love & Hate en 2016, ont ainsi sublimé ce cru folk et soul en y incorporant une dimension psychédélique, fuzz rock et orchestrale. Le chanteur anglais nous en fait ici découvrir chacun des morceaux.

You Ain’t the Problem
« “You Ain’t the Problem”, c’est ma lettre d’amour à l’humanité. On oublie parfois ce qu’il y a d’extraordinaire en nous. Les réseaux sociaux jouent pas mal là-dedans : on filtre tout ce qui ne rentre pas dans le moule, ou ce qui risque de ne pas plaire aux gens. On se dit qu’il y a des trucs qui tournent pas rond chez nous, et on a plus envie d’être soi-même ou de suivre sa route. Je voulais écrire une chanson pour dire qu’au lieu de se désigner comme étant la source du problème ou de gommer ce qui nous rend unique, il faut au contraire creuser au plus profond de soi, être soi-même au maximum. C’est de là que provient la magie. »

Rolling
« “Rolling with the times, don’t be late” [Prends ton temps, sois à l’heure]. J’ai l’impression que tout s’articule autour du fait d’être un artiste, pour moi. Je cherche encore ma place et dans ces cas-là, on fait des trucs juste pour rentrer dans le moule ou pour s’assurer d’être dans le coup — publier des trucs sur les réseaux, s’informer des dernières sorties d’albums, avoir les bonnes références. La chanson peut aussi faire allusion au fait d’avoir la trentaine, ne pas être marié ou avoir d’enfants, et être entouré de gens qui ne comprennent pas. “Rolling with the times”, ça veut dire va à ton rythme. Dans ma tête, je pensais aux premiers albums des Stooges ou à des artistes français comme Serge Gainsbourg, avec beaucoup de fuzz. Je voulais faire un truc un peu fou, dans ce style-là. »

I’ve Been Dazed
« Eddie Hazel, de Funkadelic, est mon guitariste préféré. Il choisissait toujours des accords marquants dans ses chansons, et j’ai essayé de faire pareil ici. Le résultat ressemble presque à une sorte d’hymne. Les paroles ont un côté très mélancolique. J’y raconte que je me réveille d’un cauchemar où j’étais en train de marcher dans les pas de quelqu’un d’autre, où je me rabaissais – tous ces problèmes d’estime que je combats sur “You Ain’t the Problem”. Le sentiment derrière cette chanson, c’est le ras-le-bol vis-à-vis de ce genre de cauchemars et le désir de se réveiller. »

Piano Joint (This Kind of Love) [Intro]
« Ado, j’arrivais à m’évader en écoutant des albums, comme si je pouvais me téléporter loin de ma vie, dans celle de l’artiste. Je voulais vraiment recréer cette impression avec l’album. Quelque chose de super prenant, pas de silence entre les titres, aucun moyen de s’échapper – un album qui paraît être un long et unique morceau. Il y a certaines chansons qui s’enchaînent naturellement, mais pour les autres, il a fallu ajouter des interludes, des transitions. On a trouvé cette intro à un moment où j’étais à la basse et Inflo au piano. J’ai commencé à chanter quelque chose à la Marvin Gaye, bien soul, avec une ambiance sombre et mélancolique comme sur ses albums des années 70. C’est là que Danger Mouse a eu l’idée de transposer certains passages vers les graves, pour avoir un son différent. »

Piano Joint (This Kind of Love)
« Avant, j’adorais les chansons mélancoliques ; plus c’était triste, mieux je me sentais après. Cette chanson a été l’occasion de mettre en pratique cet aspect de ma personne à nouveau. Au début c’était censé être une ballade au piano, et puis je me suis dit : “Pourquoi est-ce-qu’on essaierait pas de mettre un peu de batterie ?” Inflo est un super batteur, alors j’ai commencé à l’accompagner à la basse, et ça sonnait super bien. J’avais le Gil Scott-Heron des années 70 en tête, ce type de soul de la côte est (des États-Unis). Ensuite on l’a donnée à Rose Dancers, une arrangeuse extraordinaire qui s’était occupée de presque toutes les parties de cordes sur l’album précédent. Je lui ai dit : “C’est ma préférée, fais juste quelque chose de super beau.” Et elle a tout déchiré.”

Another Human Being
« On bossait sur les interludes et Danger Mouse avait déniché une tonne de samples. Il y avait ce reportage sur les manifestations pour les droits civiques, dans les années 60 aux États-Unis. Je me souviens m’être dit que ça sonnait super bien et que ça faisait complètement écho à “Living in Denial” — bref, que ça changeait complètement la chanson. Et oui, je suis obsédé par les années 70, mais les sixties et les seventies ont été tellement cruciales pour les Noirs américains que ça donnait une dimension solennelle à l’album. Ça renvoie à l’identité, ça résonne avec mon nom et avec qui je suis. Et ça m’encourage énormément à m’affirmer. »

Living in Denial
« Voilà ce que ça donne quand on est complètement nous-mêmes et en harmonie totale avec Inflo et Danger Mouse. Pas de discussions, on y va et on voit ce que ça donne. J’imaginais que j’étais dans un groupe de soul, du genre The Delfonics, The Isley Brothers, The Temptations, ou The Chambers Brothers. Encore une fois, ça parle de cette quête de l’acceptation : c’est pas quelque chose qu’il faut rechercher, il suffit de s’accepter soi-même et vous vous retrouverez automatiquement entouré par vos semblables. »

Hero (Intro)
« On a fini “Hero” en dernier. Une fois qu’on avait une bonne ébauche, je me suis assis pour jouer de la guitare acoustique. On avait déjà fait l’intro de “Piano Joint” et je me suis dit : “Ce serait cool de baisser la tonalité ici aussi, et d’en faire quelque chose qu’on ne pourrait pas faire avec une chanson de rock & roll classique.” »

Hero
« C’est pour “Hero” que j’ai eu le plus de mal à trouver des paroles. On avait la musique et la mélodie depuis à peu près deux ans. À chaque fois que j’essayais d’en faire quelque chose, je détestais le résultat, impossible de trouver quoi que ce soit d’intéressant. Puis un jour, je lisais quelque chose sur Fred Hampton, des Black Panthers, et ça m’a fait penser à tous ces gens qui se font assassiner, ou qui meurent par accident comme Hendrix, et qui ont tellement à donner ou qui accomplissent tellement de choses en si peu de temps. Je pense aussi beaucoup à des légendes comme Bowie, ou Bob Dylan, qui se créaient des personnages hors normes, qui fascinaient complètement les gens. On ne savait pas vraiment qui ils étaient au fond. Ça m’a mis un coup, parce que même si j’ai rien contre ça, je sais que ce n’est pas mon genre. Alors, quand je me demande : “Am I a hero?” [Suis-je un héros ?], c’est aussi une manière de demander : “Si je fais tout ça, est-ce que je deviendrai ce genre d’artiste majeur que tout le monde respecte ?” Ça renvoie à cette peur de ne pas être à la hauteur. »

Hard to Say Goodbye
« Là, on retrouve mon amour pour Isaac Hayes et les grosses orchestrations, pour les gens comme David Axelrod. En fait, c’était d’abord un sample d’une chanson de Nat King Cole que Flo a déniché, juste un accord. On a joué sur la tonalité, et puis on l’a rejoué avec un ensemble de cordes composé de 20 instruments, qu’on a réussi à faire rentrer dans le studio. On avait, entre autres, une contrebasse et un super pianiste, Kadeem Clarke, qui joue avec Little Simz, et notre pote Nathan Allen à la batterie. C’était vraiment sympa. »

Final Days
« Au début, je savais pas trop comment ce morceau s’intègrerait à l’album. Genre je l’aimais bien, mais je l’adorais pas. J’ai ensuite trouvé des paroles, et je me suis dit que c’était mieux, mais qu’il manquait toujours un truc. Ça m’a toujours fait penser à l’espace, alors j’ai demandé à l’ingé-son, Kennie Takahashi, s’il pouvait me trouver des samples de gens dans l’espace. On a trouvé cet enregistrement d’astronautes sur le point de s’écraser, ce qui est un peu sombre, mais ça a donné l’émotion qui manquait. Ça m’a filé la chair de poule. Plus tard, on s’est rendu compte que c’était un montage, fait dans les années 60, par des gars qui bricolaient pour un projet artistique ou un truc dans le genre. »

Interlude (Loving the People)
« “Final Days” sonnait super bien, mais il fallait trouver un truc à la fin pour que ça aille dans une autre direction. J’avais cette mélodie sur le Wurlitzer, et au début je la voyais comme une partie instrumentale en clôture de “Final Days”, qui l’emmenait complètement ailleurs, comme un vaisseau spatial arrivant à destination. Et puis finalement je me suis dit que j’allais l’allonger, essayer de l’emmener plus loin. Danger Mouse a trouvé ce sample de John Lewis [un parlementaire américain et leader du mouvement des droits civiques], et ça sonnait magnifiquement bien et émouvant sur ces trois accords. Donc on a décidé de l’utiliser. »

Solid Ground
« Quand on enlève tout — les cordes, les sons, les interludes —, au fond je suis juste un gars qui joue une chanson à la guitare ou au piano. Je voulais qu’on ait un aperçu de cet aspect sur l’album. Rosie avait fait de sublimes arrangements, et j’ai bouclé le reste. Il n’y avait que moi au studio, alors j’ai joué tous les instruments, à part la batterie et ce genre de choses. “Solid Ground”, c’est donc ma petite création venue d’ailleurs. Les paroles parlent de trouver un endroit où on se sent bien. »

Light
« Je me suis dit que “Light”, qui est un joli morceau, assez contemplatif, était parfait pour finir l’album. C’est la petite note lumineuse après un long voyage. On finit sur une note apaisante, quelque chose de positif. Pour moi, la lumière renvoie à tout un tas de trucs connotés positivement — et ça peut être quelque chose d’évident, comme la lumière au bout du tunnel ou avoir le cœur léger. C’est l’idée, aussi, qu’un nouveau jour se lèvera — c’est tellement réconfortant et excitant en même temps. C’est quelque chose qu’on recherche toujours. »

NOTES DES ÉDITEURS

Qui aurait pensé que Michael Kiwanuka sortirait un jour un album éponyme ? Et qu’il pousserait l’audace jusqu’à l’illustrer par un portrait royal à son effigie ? On parle bien ici de l’auteur-compositeur qui ne s’est pas présenté aux sessions d’enregistrement de Yeezus, souffrant du syndrome de l’imposteur au point de tourner le dos à une collaboration avec Kanye West. Et ce manque de confiance en soi n’est pas apparu avec la notoriété, puisqu’il en souffrait déjà bien avant d’être nominé au Mercury Prize en 2012 pour son premier album, Home Again. « C’est complètement irrationnel, mais j’ai toujours été comme ça », confie-t-il à Apple Music. « Ça évite de tomber dans la facilité, mais ça peut aussi être super frustrant. Tout ce que je voulais, c’était de pouvoir faire ce métier sans avoir à me préoccuper autant de ce que je vaux en tant qu’artiste. » Cette réflexion sur l’identité l’a aussi amené à s’interroger sur les artistes qui se cachent derrière des personnages, sur scène ou sur les réseaux sociaux. Lui a choisi de faire de son troisième album un pamphlet « anti-alter-ego » en l’appelant KIWANUKA. « C’est presque un message à moi-même » ajoute-t-il. « Sois toi-même, quoi qu’il arrive. Peu importe si ça plaît aux gens ou pas, au moins ils sauront qui tu es. » Déjà reconnu comme auteur-compositeur, Michael Kiwanuka passe ici à l’étape supérieure en termes de production. Danger Mouse et Inflo, déjà présents sur Love & Hate en 2016, ont ainsi sublimé ce cru folk et soul en y incorporant une dimension psychédélique, fuzz rock et orchestrale. Le chanteur anglais nous en fait ici découvrir chacun des morceaux.

You Ain’t the Problem
« “You Ain’t the Problem”, c’est ma lettre d’amour à l’humanité. On oublie parfois ce qu’il y a d’extraordinaire en nous. Les réseaux sociaux jouent pas mal là-dedans : on filtre tout ce qui ne rentre pas dans le moule, ou ce qui risque de ne pas plaire aux gens. On se dit qu’il y a des trucs qui tournent pas rond chez nous, et on a plus envie d’être soi-même ou de suivre sa route. Je voulais écrire une chanson pour dire qu’au lieu de se désigner comme étant la source du problème ou de gommer ce qui nous rend unique, il faut au contraire creuser au plus profond de soi, être soi-même au maximum. C’est de là que provient la magie. »

Rolling
« “Rolling with the times, don’t be late” [Prends ton temps, sois à l’heure]. J’ai l’impression que tout s’articule autour du fait d’être un artiste, pour moi. Je cherche encore ma place et dans ces cas-là, on fait des trucs juste pour rentrer dans le moule ou pour s’assurer d’être dans le coup — publier des trucs sur les réseaux, s’informer des dernières sorties d’albums, avoir les bonnes références. La chanson peut aussi faire allusion au fait d’avoir la trentaine, ne pas être marié ou avoir d’enfants, et être entouré de gens qui ne comprennent pas. “Rolling with the times”, ça veut dire va à ton rythme. Dans ma tête, je pensais aux premiers albums des Stooges ou à des artistes français comme Serge Gainsbourg, avec beaucoup de fuzz. Je voulais faire un truc un peu fou, dans ce style-là. »

I’ve Been Dazed
« Eddie Hazel, de Funkadelic, est mon guitariste préféré. Il choisissait toujours des accords marquants dans ses chansons, et j’ai essayé de faire pareil ici. Le résultat ressemble presque à une sorte d’hymne. Les paroles ont un côté très mélancolique. J’y raconte que je me réveille d’un cauchemar où j’étais en train de marcher dans les pas de quelqu’un d’autre, où je me rabaissais – tous ces problèmes d’estime que je combats sur “You Ain’t the Problem”. Le sentiment derrière cette chanson, c’est le ras-le-bol vis-à-vis de ce genre de cauchemars et le désir de se réveiller. »

Piano Joint (This Kind of Love) [Intro]
« Ado, j’arrivais à m’évader en écoutant des albums, comme si je pouvais me téléporter loin de ma vie, dans celle de l’artiste. Je voulais vraiment recréer cette impression avec l’album. Quelque chose de super prenant, pas de silence entre les titres, aucun moyen de s’échapper – un album qui paraît être un long et unique morceau. Il y a certaines chansons qui s’enchaînent naturellement, mais pour les autres, il a fallu ajouter des interludes, des transitions. On a trouvé cette intro à un moment où j’étais à la basse et Inflo au piano. J’ai commencé à chanter quelque chose à la Marvin Gaye, bien soul, avec une ambiance sombre et mélancolique comme sur ses albums des années 70. C’est là que Danger Mouse a eu l’idée de transposer certains passages vers les graves, pour avoir un son différent. »

Piano Joint (This Kind of Love)
« Avant, j’adorais les chansons mélancoliques ; plus c’était triste, mieux je me sentais après. Cette chanson a été l’occasion de mettre en pratique cet aspect de ma personne à nouveau. Au début c’était censé être une ballade au piano, et puis je me suis dit : “Pourquoi est-ce-qu’on essaierait pas de mettre un peu de batterie ?” Inflo est un super batteur, alors j’ai commencé à l’accompagner à la basse, et ça sonnait super bien. J’avais le Gil Scott-Heron des années 70 en tête, ce type de soul de la côte est (des États-Unis). Ensuite on l’a donnée à Rose Dancers, une arrangeuse extraordinaire qui s’était occupée de presque toutes les parties de cordes sur l’album précédent. Je lui ai dit : “C’est ma préférée, fais juste quelque chose de super beau.” Et elle a tout déchiré.”

Another Human Being
« On bossait sur les interludes et Danger Mouse avait déniché une tonne de samples. Il y avait ce reportage sur les manifestations pour les droits civiques, dans les années 60 aux États-Unis. Je me souviens m’être dit que ça sonnait super bien et que ça faisait complètement écho à “Living in Denial” — bref, que ça changeait complètement la chanson. Et oui, je suis obsédé par les années 70, mais les sixties et les seventies ont été tellement cruciales pour les Noirs américains que ça donnait une dimension solennelle à l’album. Ça renvoie à l’identité, ça résonne avec mon nom et avec qui je suis. Et ça m’encourage énormément à m’affirmer. »

Living in Denial
« Voilà ce que ça donne quand on est complètement nous-mêmes et en harmonie totale avec Inflo et Danger Mouse. Pas de discussions, on y va et on voit ce que ça donne. J’imaginais que j’étais dans un groupe de soul, du genre The Delfonics, The Isley Brothers, The Temptations, ou The Chambers Brothers. Encore une fois, ça parle de cette quête de l’acceptation : c’est pas quelque chose qu’il faut rechercher, il suffit de s’accepter soi-même et vous vous retrouverez automatiquement entouré par vos semblables. »

Hero (Intro)
« On a fini “Hero” en dernier. Une fois qu’on avait une bonne ébauche, je me suis assis pour jouer de la guitare acoustique. On avait déjà fait l’intro de “Piano Joint” et je me suis dit : “Ce serait cool de baisser la tonalité ici aussi, et d’en faire quelque chose qu’on ne pourrait pas faire avec une chanson de rock & roll classique.” »

Hero
« C’est pour “Hero” que j’ai eu le plus de mal à trouver des paroles. On avait la musique et la mélodie depuis à peu près deux ans. À chaque fois que j’essayais d’en faire quelque chose, je détestais le résultat, impossible de trouver quoi que ce soit d’intéressant. Puis un jour, je lisais quelque chose sur Fred Hampton, des Black Panthers, et ça m’a fait penser à tous ces gens qui se font assassiner, ou qui meurent par accident comme Hendrix, et qui ont tellement à donner ou qui accomplissent tellement de choses en si peu de temps. Je pense aussi beaucoup à des légendes comme Bowie, ou Bob Dylan, qui se créaient des personnages hors normes, qui fascinaient complètement les gens. On ne savait pas vraiment qui ils étaient au fond. Ça m’a mis un coup, parce que même si j’ai rien contre ça, je sais que ce n’est pas mon genre. Alors, quand je me demande : “Am I a hero?” [Suis-je un héros ?], c’est aussi une manière de demander : “Si je fais tout ça, est-ce que je deviendrai ce genre d’artiste majeur que tout le monde respecte ?” Ça renvoie à cette peur de ne pas être à la hauteur. »

Hard to Say Goodbye
« Là, on retrouve mon amour pour Isaac Hayes et les grosses orchestrations, pour les gens comme David Axelrod. En fait, c’était d’abord un sample d’une chanson de Nat King Cole que Flo a déniché, juste un accord. On a joué sur la tonalité, et puis on l’a rejoué avec un ensemble de cordes composé de 20 instruments, qu’on a réussi à faire rentrer dans le studio. On avait, entre autres, une contrebasse et un super pianiste, Kadeem Clarke, qui joue avec Little Simz, et notre pote Nathan Allen à la batterie. C’était vraiment sympa. »

Final Days
« Au début, je savais pas trop comment ce morceau s’intègrerait à l’album. Genre je l’aimais bien, mais je l’adorais pas. J’ai ensuite trouvé des paroles, et je me suis dit que c’était mieux, mais qu’il manquait toujours un truc. Ça m’a toujours fait penser à l’espace, alors j’ai demandé à l’ingé-son, Kennie Takahashi, s’il pouvait me trouver des samples de gens dans l’espace. On a trouvé cet enregistrement d’astronautes sur le point de s’écraser, ce qui est un peu sombre, mais ça a donné l’émotion qui manquait. Ça m’a filé la chair de poule. Plus tard, on s’est rendu compte que c’était un montage, fait dans les années 60, par des gars qui bricolaient pour un projet artistique ou un truc dans le genre. »

Interlude (Loving the People)
« “Final Days” sonnait super bien, mais il fallait trouver un truc à la fin pour que ça aille dans une autre direction. J’avais cette mélodie sur le Wurlitzer, et au début je la voyais comme une partie instrumentale en clôture de “Final Days”, qui l’emmenait complètement ailleurs, comme un vaisseau spatial arrivant à destination. Et puis finalement je me suis dit que j’allais l’allonger, essayer de l’emmener plus loin. Danger Mouse a trouvé ce sample de John Lewis [un parlementaire américain et leader du mouvement des droits civiques], et ça sonnait magnifiquement bien et émouvant sur ces trois accords. Donc on a décidé de l’utiliser. »

Solid Ground
« Quand on enlève tout — les cordes, les sons, les interludes —, au fond je suis juste un gars qui joue une chanson à la guitare ou au piano. Je voulais qu’on ait un aperçu de cet aspect sur l’album. Rosie avait fait de sublimes arrangements, et j’ai bouclé le reste. Il n’y avait que moi au studio, alors j’ai joué tous les instruments, à part la batterie et ce genre de choses. “Solid Ground”, c’est donc ma petite création venue d’ailleurs. Les paroles parlent de trouver un endroit où on se sent bien. »

Light
« Je me suis dit que “Light”, qui est un joli morceau, assez contemplatif, était parfait pour finir l’album. C’est la petite note lumineuse après un long voyage. On finit sur une note apaisante, quelque chose de positif. Pour moi, la lumière renvoie à tout un tas de trucs connotés positivement — et ça peut être quelque chose d’évident, comme la lumière au bout du tunnel ou avoir le cœur léger. C’est l’idée, aussi, qu’un nouveau jour se lèvera — c’est tellement réconfortant et excitant en même temps. C’est quelque chose qu’on recherche toujours. »

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