Notre avis « Je me dis que si j’épousais une strip-teaseuse, c’est la musique qu’on passerait pendant la réception » raconte SAINt JHN à Apple Music. « Et ce serait aussi la bande originale de la signature des papiers du divorce. » Le MC originaire de Brooklyn revient sur la genèse de Ghetto Lenny’s Love Songs, son second album après Collection One, sorti en 2018. Après avoir écouté « Trap », le premier single de Ghetto Lenny’s en featuring avec Lil Baby, les fans pourraient être tentés de l’assimiler à cette caste de rappeurs qui transmettent les émotions brutes de la rue à travers la mélodie. Mais cet album démontre que « Trap » n’est que la partie visible de l’iceberg : comme il l’explique dans cette interview morceau par morceau, SAINt JHN sert simplement de véhicule à toutes ses expériences de vie et pas uniquement celles de la rue. Il ne s’adresse à aucun public en particulier, car sa vision est bien plus large. « Les styles musicaux ? C’est une notion floue », explique-t-il. « À qui je m’adresse, de quelle manière ? C’est flou, tout ça. Moi, je fais juste la musique que j’ai envie de faire. »

« Wedding Day »
« Je suis peut-être le seul à imaginer mon mariage comme ça, mais c’est ma façon de voir les choses et c’est comme ça que je m’exprime. C’est mon langage, avec les mots qui sont les miens. Alors je les transmets comme ils viennent et je suis content qu’on puisse s’y identifier. J’imagine que ma vie a déjà croisé celle des autres deux ou trois fois par le passé, et quand je dis deux ou trois, ça veut dire un bon paquet. »

« Anything Can Happen »
« Je voulais absolument Meek. On s’entend tellement bien qu’on s’est juste pointés au studio à New York et on a enregistré. Je lui ai joué ça et deux ou trois autres idées qui lui ont plu instantanément. Je ne lui ai pas dit quoi faire ni où aller car c’est un vrai artiste. Il se sentait inspiré, alors il s’y est mis. »

« Trap »
« Lil Baby est un mec incroyable, je me retrouve dans ce qu’il a fait et ce qu’il a vécu. Même si nos styles sont différents, on a les mêmes valeurs et ça rend les choses simples. Il accorde beaucoup d’importance aux mélodies, il donne de l’importance aux mots et il croit à la manière de raconter son histoire. Et moi aussi. »

« 5 Thousand Singles »
« Si on prend uniquement les paroles de ce titre et qu’on laisse la musique de côté — en lisant les mots comme de la poésie ou comme un script — on voit bien que rien n’est laissé au hasard. Je parle avec mes mots autant qu’avec des mélodies. Ce sont deux langages séparés. Alors si on oublie le langage principal (la mélodie) et qu’on se concentre sur les paroles, on se rend compte qu’il y a des moments très profonds. Je pense que la mélodie camoufle cette profondeur, mais on l’aperçoit un peu mieux sur “5 Thousand Singles”. J’ai mis la mélodie de côté et on m’entend simplement raconter ma vie.

« Who Do You Blame »
« Je parle avec une fille, tout simplement, je le vois comme une conversation — ‘Pourquoi tu l’aimes ? / Merde, avec moi, tu montes en gamme. ['Love him for what? /Fuck that, you leveling up.’] Parce que je pense qu’il y a forcément eu des gens qui m’ont vu comme ça. Je suis certain que j’ai déjà fait souffrir des femmes émotionnellement. Vous ne pouvez pas traverser l’existence sans affecter les gens, de façon positive ou négative. C’est mon ode à cette réalité, ou à quiconque l’a déjà vécue. »

« 94 Bentley »
« J’ai grandi avec JAY-Z et son label Roc-A-Fella. Tu vois cette pochette où Jay pose avec une Bentley, en la voyant je m’étais dit qu'il me fallait quelque chose, peu importe quoi, qui me fasse ressentir ça. Ça m’a pris de longues années avant d’avoir une voiture, mais quand je l’ai eue, c’était forcément une BMW 1994. Je l’ai eue à la fin des années 2000. On n’avait pas d’argent, alors une bagnole neuve, c’était mort. Impossible. Mais c’était une voiture étrangère et elle était de 94. Cette BM de 94, c’était ma Bentley 94. »

« I Can Fvcking Tell »
« Tout ce que j’essaie de faire, quand j’entre en studio, c’est de trouver un truc sur moi que j’aime plus que le dernier dont j’ai parlé. C’est mon espace personnel. Si on écoute mon langage ou qu’on se concentre sur les paroles, on trouve de la poésie à chaque fois. Par exemple : “Je ne crois pas aux confettis des mariages, je ne crois pas en la loi / Elle ne croit pas aux contes de fées, elle ne croit pas en Dieu.” [‘I don't believe in a wedding bell, I don't believe in laws / She don't believe in the fairy tales, she don't believe in God.’] Si vous accrochez une pierre autour d’un bouquet de fleurs ou de pétales de roses, on risque de mal vous comprendre à cause de l’emballage. Alors tout ce que je fais, c’est attacher des pétales de roses autour de la pierre. Vous sentez toujours son poids, mais c’est beau. »

« Borders »
« Lenny Kravitz fait partie des gens les plus authentiques de la planète. C’est l’une des personnes les plus cool que j’ai jamais rencontrées. Toute une lignée de gens incroyables ont indirectement participé à me faire grandir. Et son empreinte sur la planète, sur la musique, tout ça m’a donné l’envie d’aller de l’avant — de même que Jay, ou Beenie Man. C’est difficile à expliquer avec des mots, mais pour moi c’était comme de faire un pique-nique avec quelqu’un de sa famille, sauf que le pique-nique se passe à Paris et c’est Saint Laurent qui fait la déco. »

« Call Me After You Hear This »
« Je veux juste faire des trucs que je kiffe. Je ne change pas toutes les cinq minutes. Je ne cherche pas à embrouiller l’auditeur. Je ne cherche pas à être trop poétique. Tout ce que je veux, c’est faire des trucs que j’ai envie d’écouter. Écoutez Ghetto Lenny's Love Songs, et quand je vous dis que c’est comme si j’épousais une strip-teaseuse, c’est vraiment ma vision du romantisme. Rien dans ce monde ne peut être purement romantique. Il y a des tensions même dans les histoires d’amour. Je fais juste ce que je pense être vrai.

« Trophies »
« Je parle de ce que j’ai observé. Je dis : “On veut tous des trophées.” On veut tous quelque chose de beau, majestueux et magique, même si parfois, ça peut nous faire du mal. Alors je parle de cette femme lambda qui veut tout ce qui brille. Sauf qu’elle ne croit même pas en elle-même. Elle veut quand même le trophée, même si c’est elle, le trophée. »

« All I Want Is a Yacht »
« Je suis un putain d’inculte. Je ne m’en cache pas. Je ne me prends pas plus la tête là-dessus que sur autre chose et je ne vais pas m’en excuser non plus. Je veux juste vivre ma vie en portant de la soie. “All I Want Is a Yacht” n’est rien d’autre que ça. C’est pas l’argent que je cherche, mais à vivre des moments dingues. Et le jour où on me verra sortir de mon yacht avec un pont en marbre, on saura que je suis arrivé. Avec ce genre d’espoir, on peut nourrir des milliards de personnes. Alors tout ce que je veux, c’est un yacht parce que c’est ce qu’on devrait tous vouloir. Pas l’argent, mais juste cet accès. »

« Monica Lewinsky »
« A Boogie [wit da Hoodie] est un mec super posé. On s’entend bien. Alors je lui ai passé quelques coups de fil, du genre : “Yo, Boogie, j’ai besoin de toi sur cet album.” Alors il est venu et on a enregistré à Vegas. J’ai entendu sa voix et j’ai laissé la musique me guider. »

« High School Reunion »
« “High School Reunion” m’a donné l’impression de revenir au lycée, mais avec un vison bleu. L’écouter c’est comme revenir au bal de promo mais cette fois-ci en vous disant : “Je suis la personne que je suis censé être.” Tout ce en quoi je croyais s’est réalisé. »

« Cult4Ever »
« Dans tous les scénarios qui se présentent, je suis la même personne ; c’est la caméra qui me filme sous des angles différents. Si je défonce un type en soirée et que je vais embrasser ma meuf l’après-midi, on parle toujours du même être humain. Ce matin il s’est battu, cet après-midi il était romantique. Alors, dans “Cult4Ever”, je me contente de raconter cette histoire : “Je pourrais t’aimer pour toujours / Tu peux être mon pote jusqu’au jour où on mourra tous les deux.” [‘I could love you like forever/You can be my n*gga until the day we both die.’] Et je le dis à la cool, parce que c’est comme ça que je le ressens. Si, pour moi, c’est pour toujours, pas besoin d’en faire des tonnes. »

MORCEAU
Wedding Day
1
3:16
 
Anything Can Happen (feat. Meek Mill)
2
3:02
 
Trap (feat. Lil Baby)
3
3:04
 
5 Thousand Singles
4
2:45
 
Who Do You Blame
5
2:51
 
94 Bentley
6
2:49
 
I Can Fvcking Tell
7
3:23
 
Borders (feat. Lenny Kravitz)
8
3:53
 
Call Me After You Hear This
9
2:55
 
Trophies
10
3:42
 
All I Want Is a Yacht
11
2:25
 
Monica Lewinsky (feat. A Boogie wit da Hoodie)
12
3:20
 
High School Reunion
13
3:26
 
Cult4Ever
14
2:58