Notre avis Avec Chansons hivernales, Pierre Lapointe réalise un rêve qui lui trottait dans la tête depuis longtemps. « Ça faisait 15 ans que je voulais faire un album du temps des Fêtes et, jusqu’à tout récemment, les gens sourcillaient quand je leur faisais part de ce projet », confie à Apple Music l’artiste qui, depuis son premier album paru en 2004, occupe une place de choix dans le paysage musical québécois.

« Je suis heureux d’avoir attendu avant de faire cet album, parce que je crois détenir des outils beaucoup plus solides qu’auparavant pour la composition de chansons », explique-t-il en faisant allusion à cette habileté unique qu’il a développée de transformer ses chansons en petites pièces de théâtre. « Je pense que ce procédé se prête particulièrement bien à un album où je me penche sur la légèreté aigre-douce du temps des Fêtes. »

Pièce par pièce, il nous présente son œuvre dont les récits, souvent teintés d’autodérision, ne sont jamais tout roses... ni tout noirs.

Chaque année on y revient
« Le gars qui est déjà soûl alors que la soirée ne fait que commencer, le petit chien qui quête de la bouffe, le beau-frère plus ou moins content d’avoir été désigné pour faire le père Noël... Je pense que tout le monde a ce genre de souvenirs des réveillons! Pour moi, le refrain veut tout dire : la famille, ce sont des gens qu’on ne choisit pas, qui nous énervent parfois, mais qu’on va aimer toute notre vie quand même. La composition musicale a été signée par Julyan, le frère d’Hubert Lenoir, qui avait participé à mon album Pour déjouer l’ennui. »

Ce qu’on sait déjà
« Je me suis inspiré de “See My Baby Jive” de Wizzard, un groupe glam rock britannique des années 70. C’est une chanson complètement hallucinante, qui fait aussi penser à du Phil Spector. J’ai d’abord écrit la mélodie, qui ne baignait pas du tout dans ce genre d’ambiance au départ. Avec Emmanuel Ethier, le producteur, on l’a transformée pour lui donner toute son énergie. Ça parle des relations naissantes et un peu ambiguës sur lesquelles on n’a toujours pas mis d’étiquette. »

Le premier Noël de Jules
« Je suis parrain d’un beau petit garçon que je n’ai pas pu voir comme j’aurais voulu en raison de la pandémie. Je n’ai pas pu être là pour préparer sa venue ni être présent au moment de sa naissance. Et je trouve ça très difficile. Pour moi, cette chanson est donc un cadeau de parrain, pour lui dire que je suis là malgré tout. Encore une fois, je n’ai pas été capable d’écrire un texte qui assure que tout ira bien. Je me dis que si plus tard, il vit une période compliquée, il pourra l’écouter et comprendre que c’est normal que les choses ne soient pas toujours belles et faciles. Je lui dis que la vie sera merveilleuse, mais qu’il va avoir mal aussi. C’est comme si je me penchais sur son berceau pour lui léguer le don de la lucidité! »

Chez Clara
« Je me suis inspiré d’une fête à laquelle j’ai participé avec des amis dans un appartement à Paris, et j’ai ajouté un peu de mélodrame, comme je sais si bien le faire, pour magnifier la réalité. Les gens étaient vêtus de manière très élégante, façon Gucci avec des accents rétro. C’est pour cette raison, et pour rendre l’ambiance encore plus grandiose et théâtrale, que les sonorités empruntent aux années 30. »

Ça va, j’ai donné
« C’est encore une musique de Julyan. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de très beau dans la lenteur. J’ai décidé de parler d’un gars fin trentaine qui court d’un party du jour de l’An à l’autre pour avoir la meilleure soirée possible, pour finalement n’avoir aucun plaisir. Ça m’est déjà arrivé, et je pense qu’on a tous vécu cette situation! J’ai aussi voulu jouer sur les codes des résolutions du temps des Fêtes : il y a une période dans notre vie où on croit pouvoir tout changer, mais à un moment donné, une certaine sagesse embarque et on n’a plus rien à prouver. »

L’Oiseau rare
« C’est une chanson qui parle de l’arrivée du Nouvel An et d’amours perdues. Je suis très fier d’être parvenu à décrire une relation amoureuse comme un oiseau rare au plumage abîmé qui s’en va mourir dans le froid glacial de janvier. Ici aussi, on est allés vers des arrangements orchestraux rétro, très Phil Spector, qui ont été réalisés par Owen Pallett, un collaborateur d’Arcade Fire. »

Six heures d’avion nous séparent
« C’est une pièce de rupture que j’ai faite en collaboration avec Alma Forrer, une autrice-compositrice-interprète française, et son amoureux Benjamin Porraz. À mesure que j’avançais dans l’écriture, l’idée d’un duo s’est imposée. J’ai choisi de situer l’action entre Paris et Montréal, ce qui illustre ma vie depuis quelques années. J’avais envie de la chanter avec un autre homme – un homme qui vit en Europe, pour ne pas tuer la magie de la chanson. On a donc pensé à MIKA, qui a tout de suite accepté d’embarquer dans le projet. »

Toutes les couleurs
« Les paroles et la musique ont été coécrites avec Félix Dyotte, qui est un auteur-compositeur extraordinaire, un des meilleurs au Québec selon moi. Il a un talent fou comme mélodiste! Ça parle encore de séparation de Noël, du vide qu’on peut ressentir à la fin de la période des Fêtes, quand tout redevient calme. Et qui peut être difficile à vivre quand on est en peine d’amour. »

Noël Lougawou
« Pour faire le contrepoids du duo avec MIKA, j’avais envie de faire un autre duo qui pencherait plus du côté de la musique indépendante, parce que je crois que je suis un artiste qui a un pied dans la culture pop et un autre dans l’avant-garde. J’ai pensé aux albums que j’ai le plus aimés ces dernières années; Radyo Siwèl de Mélissa Laveaux en fait clairement partie. Je lui ai donc écrit, je lui ai proposé de me faire chanter en créole, elle a adoré l’idée. J’ai participé à l’écriture des refrains en français, sinon Mélissa a tout fait. Ça a donné cette chanson en créole dont l’ambiance est très halloweenesque. C’est la première fois de ma vie que je chante dans une autre langue que le français! »

Un Noël perdu dans Paris
« Je venais de passer deux semaines avec des amis venus me visiter à Paris. Quand ils sont partis, j’ai ressenti un vide. Je n’étais pas du tout en peine d’amour, mais je me suis imaginé un personnage qui serait venu à Paris pour se changer les idées après une rupture, mais qui se rend compte que sa peine l’a suivi. À la même époque, je venais de découvrir “Niño Lindo”, une chanson traditionnelle vénézuélienne. J’en ai mis un extrait au début et à la fin de la pièce pour souligner le fait que le personnage cherchait en quelque sorte à se dépayser, mais qu’il se retrouve dans un endroit qui ne correspond pas du tout à son fantasme. »

Maman, Papa
« Cette pièce est dédiée à un ami dont la famille n’a pas accepté qu’il soit tombé amoureux d’un autre homme. C’est le genre d’histoire atroce que trop de gens ont vécue autour de moi. C’est ma façon de tenter de faire du bien à ceux qui sont passés par là, mais aussi d’essayer de créer un pont de réconciliation avec ceux qui les ont rejetés. Cette chanson parle de notre besoin d’exister dans notre famille, qui est notre premier circuit de vie, la première microsociété dans laquelle on apprend à être un humain. »

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